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Voyageurs

Les routes oubliées ne sont pas vides : comment la mobilité fabrique de l’exclusion

Marion Choppin
Marion Choppin

Un jeune sur trois en zone rurale renonce à un emploi faute de solution de transport adaptée. Derrière cette statistique, il n’y a pas seulement des bus qui ne passent pas et des trains trop rares, mais des trajectoires brisées, des projets abandonnés, des vies mises sur pause pour une simple question de kilomètres.

Un système de transport pensé pour un monde qui n’existe plus

Pendant des décennies, nous avons dessiné nos réseaux de transport comme des toiles d’araignée centrées sur les grandes villes. Tout converge vers les centres urbains, aux heures de pointe, du lundi au vendredi, pour des trajets domicile-travail supposés réguliers et prévisibles. Ce modèle a structuré l’organisation des bus, des trains, des métros, mais aussi la manière dont on planifie les investissements publics.

Le problème, c’est que nos vies ne ressemblent plus à ce schéma. Les données de mobilité analysées récemment montrent que la mobilité réelle des Français est beaucoup plus diffuse, éclatée, imprévisible. Les bassins de vie dépassent largement les limites administratives, les gens se déplacent d’une périphérie à une autre, d’un village à une zone d’activité, à des horaires qui n’ont rien à voir avec la “petite musique” 9h–17h.

Concrètement, cela se traduit par des trajets de banlieue à banlieue, des horaires décalés, de nuit, tôt le matin, le week-end, et des zones périurbaines et rurales où le premier arrêt de bus peut se trouver à plus de 10 kilomètres du domicile. Nous continuons pourtant à planifier la mobilité comme si tout le monde travaillait au même endroit, aux mêmes heures, dans la même direction.

Quand l’absence de transport ferme les portes de l’emploi

Pour les jeunes, cette inadéquation entre l’offre de transport et la réalité des déplacements se transforme en frein massif à l’insertion professionnelle. Une part importante des 18–25 ans a déjà renoncé à un emploi, une formation ou un entretien simplement parce qu’ils ne pouvaient pas s’y rendre. En milieu rural, ce phénomène est encore plus marqué : plus d’un jeune sur cinq déclare avoir dû renoncer à un entretien d’embauche faute de solution de transport.

Derrière ces chiffres, il y a des histoires très concrètes : une aide-soignante qui commence à 5h du matin dans une commune de 800 habitants sans bus ni train à ces horaires, un apprenti obligé de parcourir 40 ou 50 kilomètres pour rejoindre son CFA ou son entreprise sans permis, ou encore une mère isolée qui doit jongler entre un emploi mal desservi, l’école des enfants et des services publics éloignés. Chaque déplacement devient une équation financière et logistique, où l’on finit par renoncer avant même d’avoir essayé.

Ces situations ne sont pas des exceptions. Elles dessinent une fracture de la mobilité qui touche en premier lieu les plus jeunes, les plus précaires, ceux qui n’ont ni voiture ni réseau familial capable de les dépanner au quotidien. La conséquence est brutale : la mobilité devient un filtre invisible qui trie ceux qui peuvent saisir une opportunité et ceux qui restent sur le bord de la route.


Une fracture sociale qui se lit en kilomètres


L’insuffisance de transports en commun en zone rurale crée une dépendance quasi mécanique à la voiture individuelle. Or, pour un jeune en début de parcours, le permis, la voiture, l’assurance et le carburant représentent des coûts souvent inaccessibles, ce qui renforce la “précarité mobilité”. Ceux qui ont le moins de ressources doivent consacrer une part plus importante de leur budget à la mobilité, ou renoncer à des opportunités lorsqu’ils ne peuvent tout simplement pas se déplacer.

Les études montrent que plus de la moitié des jeunes ruraux se considèrent mal desservis par les bus et les trains, bien davantage que leurs homologues urbains, et qu’ils passent significativement plus de temps chaque jour dans les transports. Beaucoup déclarent avoir déjà renoncé à un rendez-vous médical, à un loisir ou à une visite à un proche à cause de difficultés de transport, ce qui alimente isolement, décrochage et perte de lien social.

On parle alors de “précarité de mobilité” : quand se déplacer devient tellement compliqué, coûteux ou incertain que l’on finit par rester chez soi, par limiter ses ambitions, par renoncer à l’idée même d’aller voir ailleurs. Des millions de personnes vivent cette réalité, en particulier dans les territoires ruraux et périurbains.


Le miroir que devraient regarder nos décideurs

Ce que révèlent les analyses de mobilités, ce n’est pas seulement un problème technique d’horaires ou de tracés de lignes. C’est un problème de regard. Nous avons dessiné des cartes de transport sans partir des vies réelles des gens, sans observer leurs contraintes, leurs rythmes, leurs besoins.

Tant que la mobilité sera pensée depuis quelques bureaux parisiens, avec des modèles standardisés, nous continuerons à fabriquer de l’exclusion, kilomètre après kilomètre. Les jeunes qui refusent des contrats ne manquent pas de volonté, les femmes qui déclinent des formations ne manquent pas d’ambition, les familles qui ne bougent plus ne manquent pas de curiosité : elles manquent de solutions pour se déplacer.

Les études sur la fracture rurale en matière de mobilité devraient être sur le bureau de chaque élu local, de chaque responsable de réseau de transport, de chaque décideur public. Pas comme un rapport de plus à feuilleter distraitement, mais comme un miroir de leur territoire et de ses angles morts.

Redessiner la mobilité à partir des vies, pas des cartes

Alors, que faire de ce constat vertigineux ? Il ne s’agit pas seulement de “mettre plus de bus” ou “plus de trains”, mais de changer de logique, en combinant transport public, solutions locales et nouvelles formes de partage de trajets. Plusieurs territoires expérimentent déjà des dispositifs de covoiturage solidaire, de transport à la demande ou de navettes adaptées aux besoins réels des habitants.

Ces pistes ont un point commun : elles partent des trajectoires réelles des gens, analysent les déplacements, les horaires, les origines-destinations, pour bâtir des offres adaptées aux bassins de vie, et non l’inverse. Elles misent sur des solutions hybrides – covoiturage organisé, cocamionnage, mutualisation des trajets existants – pour couvrir les axes oubliés, là où les lignes de bus classiques ne sont ni viables ni efficaces.

Pour que cela fonctionne, il faut intégrer la mobilité dans toutes les politiques publiques (emploi, formation, insertion, santé, culture) et donner la parole aux premiers concernés : jeunes, habitants des campagnes, salariés en horaires décalés. C’est à partir de leurs contraintes et de leurs idées qu’on pourra redessiner une mobilité qui libère au lieu d’enfermer.

Et maintenant, on fait quoi ? 

Les routes oubliées ne sont pas vides. Elles sont pleines de projets, de rêves, d’envies, qui attendent une place dans un camion, une voiture, un minibus, dans un réseau de mobilité pensé pour elles. Mais pour que ces places existent vraiment, il faut des outils concrets, accessibles, simples à utiliser.

C’est exactement pour cela que nous avons créé Truckly : une plateforme de cocamionnage qui transforme les kilomètres “à vide” des cabines de poids lourds en trajets utiles pour les voyageurs, sans perturber la mission des conducteurs. Sur Truckly, un conducteur propose un trajet déjà prévu, un voyageur réserve sa place en cabine sur un axe souvent oublié par les autres modes de transport.

Si tu es jeune, que tu vis en zone rurale ou sur un axe mal desservi, et que tu refuses encore des opportunités faute de solution de transport, on te propose une alternative. Et si tu es transporteur ou conducteur, tu peux contribuer à rouvrir ces routes tout en améliorant ton pouvoir d’achat.

👉 La prochaine étape est simple :
inscris-toi dès maintenant sur app.truckly.io pour rejoindre les premiers conducteurs et voyageurs qui redessinent la mobilité, kilomètre après kilomètre.

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